Plusieurs
mois ont passé, Cassandre, Déméter
et Perséphone se retrouvent et tiennent une conversation
à “cœur ouvert”. Perséphone,
à la recherche de l'amour, croise la route d'Aphrodite
puis celle d'Eumène. Qui de ces deux femmes en incarne
le vrai visage ? Trahison, joie, peine : l'amour, quel
qu'il soit, n'est-il pas que cela ?
Acte II, scène 2
Cassandre, Déméter, Perséphone
Perséphone
Ah, mes amies, cela est affreux ! Mon cœur saigne,
ma douleur est intolérable !
Une flèche en mon sein vient de se figer et me fait
mourir.
Cassandre
Que se passe-t-il, Perséphone, parle !
Perséphone
Mon cœur, mon pauvre cœur… Les cieux en
sont témoins, vient de m’être arraché.
Ô cruel destin ! Je suis éconduite sur
les rivages malheureux de l’infortune et du déclin !
Pourquoi fallait-il qu’à l’amour trompeur
je m’attache ? Suis-je haïe des dieux pour
subir pareil tourment ? Délivrez-moi de la souffrance !
Chassez la peine et la fureur qui m’égarent !
Je suis victime de l’ironie du ciel, car elle aime
ailleurs !
Déméter
Déjà ?
Cassandre
Que veux-tu dire ?
Perséphone
Je l’aperçus ici même en compagnie d’une
autre, enlacées toutes deux au creux de leur ardeur.
L’horreur me glace, la stupeur me fige, la trahison
me soulève, la colère exulte. Mon sang se
retire, je pâlis, prête à défaillir.
Mon impuissance me fit vaciller, je m’enfuis, désespérée.
Déméter
Es-tu certaine ?
Perséphone
Le doute, hélas ! n’est point permis.
Ce que je vis était la réalité d’une
horreur fugace, doublée d’une trahison tenace.
C’est plus que je n’en puis supporter. Ôtez-moi
la vue et les sens, que jamais plus je n’endure une
telle souffrance ! Arrachez-moi ce fourbe cœur
qui me déporte vers l’effroi ! Je meurs,
mes amies, ne me retenez point ! Pâle est la
raison, insipide la consolation. Laissez-moi, je vous en
conjure, à ce funeste sort qui est le mien !

FEUILLETER
